CON02 — Analyse du besoin de formation

Cette première étape va vous permettre d’identifier les éléments dont vous avez besoin pour créer une formation en ligne efficace et cohérente. C’est le moment où vous allez procéder à l’analyse des besoins et où vous allez déterminer les connaissances à acquérir, les compétences à développer et les objectifs d’apprentissage à atteindre.

Introduction

L’un des plus grands défis dans la conception d’une formation en ligne est de comprendre les besoins de formation. Ces derniers sont souvent vagues, et les résultats souhaités, peu clairs.

Comment identifier les besoins de formation?

On détermine les besoins de formation en regardant l’écart entre les compétences actuelles et celles qui sont requises pour accomplir la tâche souhaitée.

Déterminer le besoin de formation
Déterminer le besoin de formation.

Alors, comment fait-on pour déterminer les compétences actuelles et les compétences requises ? Si vous avez accès à vos apprenants, donnez-leur l’occasion de s’exprimer sur ce qu’ils voudraient améliorer. Si votre formation s’adresse aux employés d’une compagnie, regardez les statistiques de vente, les plaintes de clients, les objectifs de rendement de l’entreprise… Ces informations fournissent des indications précieuses sur les besoins de formation du personnel. Si votre formation concerne le perfectionnement professionnel, regardez les offres d’emploi dans le même domaine que votre formation. Quelles compétences sont demandées ? Sinon, décortiquez la tâche que vous souhaiteriez que vos apprenants parviennent à accomplir. Qu’est-ce que la tâche requiert ? Quels en sont ses points névralgiques ? Au bout de cet exercice, vous devriez avoir collecté un paquet de connaissances, de compétences et d’objectifs d’apprentissage. Nous allons bâtir notre formation sur tout cela.

En milieu professionnel, on détermine le besoin de formation en évaluant la performance actuelle des employés et en la comparant à la performance attendue.

Qu’est-ce qu’une connaissance?

La première question à se poser lorsqu’on commence la conception d’une formation en ligne est de savoir quelles sont les connaissances que l’on doit acquérir. On distingue trois grandes catégories de connaissances : les connaissances déclaratives, les connaissances conditionnelles et les connaissances procédurales.

Type de connaissances
Type de connaissances.

Connaissances déclaratives

Les connaissances déclaratives constituent ce que l’on appelle les savoirs disciplinaires : les concepts, les faits. Elles reflètent la façon dont les spécialistes d’une discipline donnée abordent les phénomènes qui les intéressent. Les connaissances déclaratives sont plutôt statiques. À elles seules, elles ne permettent pas d’agir sur le réel.

Exemple de connaissance déclarative : énoncé des règles d’accord du participe passé, tables de multiplication.

Connaissances conditionnelles

Les connaissances conditionnelles se rapportent aux conditions de l’action. Elles servent à analyser une situation, à prendre une décision. Elles correspondent souvent à des classifications.

Exemple de connaissance conditionnelle : reconnaître un participe passé dans un texte ; reconnaître, dans une série de problèmes arithmétiques, ceux qui se résolvent par une multiplication.

Connaissances procédurales

Les connaissances procédurales sont les procédures, la connaissance qui porte sur le comment faire quelque chose. Elles peuvent concerner des tâches simples et répétitives comme des tâches complexes. Elles correspondent aux savoir-faire.

Exemple de connaissance procédurale : accorder un participe passé, effectuer la multiplication de deux nombres.

Exercice.

Faites la liste des connaissances déclaratives, conditionnelles et procédurales que vos apprenants devraient connaître à la fin de votre formation.

Modéliser les connaissances

Le modèle de connaissances définit et structure les connaissances à acquérir. C’est le socle sur lequel s’appuie la conception de la formation. C’est aussi le cadre qui nous sert à planifier les activités d’apprentissage.

Comment construit-on le modèle de connaissances?

Dans un premier temps, il s’agit d’énoncer la connaissance procédurale principale que votre formation aborde. Ensuite, il s’agit de la décomposer en sous-connaissances procédurales. Voyons un exemple.

Un exemple de modèle des connaissances

Supposons que l’on veut concevoir une formation en ligne appelée Initiation à la révision linguistique et à la correction d’épreuves. Supposons que notre formation s’adresse à tous ceux qui travaillent à titre de réviseurs, mais qui n’ont pas de formation en révision linguistique à proprement parler.

Un réviseur à l’œuvre
Un réviseur à l’œuvre.

La connaissance procédurale principale est de « réviser le texte selon les règles grammaticales, lexicales, structurales et typographiques de base ». On peut diviser cette connaissance en deux sous-connaissances procédurales. Ainsi, pour « réviser le texte selon les règles grammaticales, lexicales, structurales et typographiques de base », il faut :

  • Effectuer des recherches dans les ouvrages et les sites de référence.
  • Appliquer, au texte, les symboles de révision et de correction d’épreuves.

La connaissance « effectuer des recherches dans les ouvrages et les sites de référence » est appliquée au besoin. La connaissance « appliquer, au texte, les symboles de révision et de correction d’épreuves » se déploie, quant à elle, en deux autres sous connaissances procédurales :

  • Rendre le texte exempt de toute erreur grammaticale, lexicale ou structurale.
  • Ajuster le texte aux besoins du type de publication.
Modèle des connaissances d'une formation en révision linguistique.
Modèle des connaissances de la formation en révision linguistique.
Exercice.

En vous servant de la taxonomie de Bloom ou de celle de Solo, déterminez la connaissance procédurale principale de votre formation. Divisez-la ensuite en sous-connaissances procédurales jusqu’à établir le modèle des connaissances de votre formation. Prenez soin de modéliser la tâche qui représente le mieux les compétences que vous voulez développer chez vos apprenants. Prenez soin aussi de mettre l’accent sur ce que les apprenants doivent apprendre plutôt que sur ce que vous devez enseigner. Ne vous inquiétez pas si l’exercice est difficile : votre modèle va se raffiner au fil du temps.

Approche par compétences

Vous souvenez-vous de la multiplication de polynômes que l’on faisait dans les années 80 ? De la « drill », comme on appelait cette activité ? À l’époque, on se contentait d’enseigner des connaissances décontextualisées sans s’assurer de leur transfert. Heureusement, avec le temps, l’école est venue à proposer des activités d’apprentissage plus attrayantes et signifiantes que ces exercices à répétition : l’école a adopté l’approche par compétences.

L’approche par compétences traduit une volonté de lutter contre les savoirs morts. Elle a été introduite dans une tentative de redonner un sens aux apprentissages. L’approche par compétences nous dit que c’est dans l’action que la compétence s’acquiert. Lors de l’exécution de la tâche, l’apprenant est appelé à mobiliser ses ressources internes (ses connaissances déclaratives, conditionnelles et procédurales) dans un contexte spécifique (celui de la tâche) et le tout se manifeste par une performance. Dans l’approche par compétences, on cherche à ce que l’apprenant soit capable de mobiliser ses savoirs. Aussi, maintenant, plutôt que de faire faire de la « drill » aux élèves, on les amène à résoudre des situations problèmes, à déployer un raisonnement mathématique et à communiquer à l’aide du langage mathématique.

Définition de compétence

La compétence est classiquement définie comme un savoir-agir complexe qui s’exerce dans un contexte précis. Elle se manifeste à l’intérieur d’une famille de situations qui ont des caractéristiques communes. Elle requiert la mobilisation de ressources. Ces dernières incluent tout autant les savoirs (connaissances déclaratives ou conceptuelles), les savoir-faire (connaissances procédurales) que les savoirs stratégiques (connaissances conditionnelles).

Approche par compétences
Approche par compétences.

Le savoir fait référence aux connaissances déclaratives : c’est la maîtrise du vocabulaire, des normes et des lois. C’est la connaissance des caractéristiques des produits, des outils…

Le savoir-faire correspond à la maîtrise des modes opératoires et des processus ; c’est-à-dire, à la maîtrise des outils, à celle des méthodes pour la réalisation des tâches…

Les savoirs stratégiques (appelés parfois savoir-être) correspondent à la capacité de s’adapter à des situations variées et d’ajuster ses comportements en fonction des caractéristiques de l’environnement, des enjeux de la situation et du type d’interlocuteur.

Comment énoncer une compétence?

Un énoncé de compétence consiste en une phrase courte qui débute par un verbe à l’infinitif. Le verbe présuppose la mobilisation d’un ensemble de ressources de manière intégrée, appropriée et intentionnelle dans une situation donnée. Il peut y avoir un contexte de réalisation. Le contexte précise les conditions spécifiques dans lesquelles s’accomplit l’action du verbe.

Énoncé de compétence
Énoncé de compétence.

Différence entre connaissance et compétence

Posséder des connaissances ne signifie pas être compétent. On peut très bien connaître les règles de gestion comptable et ne pas savoir les appliquer au moment opportun.

La compétence prend appui sur les connaissances, mais n’est pas réduite à en être une. Être compétent présuppose bien plus que la maîtrise de connaissances et de savoir-faire de base. Cela présuppose de pouvoir mobiliser ses connaissances de façon pertinente dans des situations problèmes à résoudre ou dans des tâches complexes.

Différence entre connaissance procédurale (savoir-faire) et compétence

Certains référentiels ne font pas la distinction entre savoir-faire et compétence. En règle générale, la notion de compétence introduit un certain niveau de complexité. Réaliser un ourlet relèverait, par exemple, d’un savoir-faire plutôt qu’une compétence. Le savoir-faire est un élément de la compétence.

Différence entre savoir, savoir faire et compétence
Différence entre savoir, savoir faire et compétence.
Exercice.

Déterminez les savoir-faire ou les compétences principales que votre formation va aborder.

Modèle des connaissances et approche par compétence

Avec toutes ces définitions, il y a lieu de se demander si notre modèle de connaissances en révision linguistique suit l’approche par compétence. Voyons voir !

Selon l’approche par compétences, la compétence doit se manifester par une performance ; c’est-à-dire, par la capacité réelle de réviser et d’effectuer des corrections d’épreuves. Au cours de cette performance, l’apprenant doit agir avec pertinence, à bon escient, en fonction du besoin et de la spécificité de la tâche. C’est le cas ici, car on a pris soin de modéliser le vrai exercice du métier.

Exercice.

Vérifiez si le modèle de connaissances que vous avez élaboré respecte les principes de l’approche par compétences.

Définition des objectifs d’apprentissage

Les objectifs d’apprentissage facilitent la communication entre le formateur et les étudiants. En effet, les objectifs d’apprentissage précisent les apprentissages à faire, les actions à accomplir ou les performances à atteindre. Avec les objectifs d’apprentissage, l’étudiant sait précisément ce qui est attendu de lui. Il peut situer les activités réalisées au cours de la formation dans un cadre plus général orienté vers le développement de ses compétences. Il peut ajuster ses attentes et se préparer à l’évaluation de ses apprentissages.

On distingue deux types d’objectifs d’apprentissage : les objectifs généraux et les objectifs spécifiques.

Objectifs généraux

Les objectifs généraux sont des énoncés courts, d’une à trois lignes, qui décrivent intention générale de la formation. Ils sont formulés à l’aide d’un verbe à l’infinitif (analyser, appliquer, comparer, composer, comprendre, concevoir, connaître, savoir, créer, élaborer, évaluer, se familiariser, interpréter…). Ils énoncent, de manière générale, les connaissances à acquérir.

Un plan de cours peut compter de 1 à 3 objectifs généraux, voire davantage, selon les besoins.

Objectifs spécifiques

Les objectifs spécifiques sont des énoncés courts qui définissent précisément ce que les étudiants devraient avoir réussi au terme de la formation. Ils précisent donc le sens des objectifs généraux et le degré de performance que devraient avoir atteint les étudiants.

Pour être opérationnel, un objectif spécifique doit être formulé à l’aide d’un verbe d’action à l’infinitif choisi en fonction du type d’habileté que l’on souhaite développer chez les étudiants. Il doit aussi être mesurable, être réaliste et être centré sur l’étudiant.

Un plan de cours peut compter de 1 à 6 objectifs spécifiques, voire davantage, par objectif général.

Phrases introductives des objectifs d’apprentissage

Au moment de formuler vos objectifs pédagogiques, servez-vous de ces phrases d’introduction de la figure suivante.

Phrases introductives des objectifs d’apprentissage

Phrases introductives des objectifs d’apprentissage.
Exercice.

Rédigez les objectifs d’apprentissage de votre formation. Commencez par écrire votre objectif pédagogique général. Puis, en dessous, listez toutes les actions requises pour l’atteindre. Ces actions sont vos objectifs spécifiques. Ne vous inquiétez pas si l’exercice est difficile. La pratique veut que plus de fois la formation est donnée et répétée, plus les objectifs se précisent. Déterminez le niveau de maîtrise des objectifs.

Exercice.

Un plan de cours est un document écrit de quelques pages dans lequel on trouve toute l’information utile relative à un cours et à son organisation. Servez-vous de votre travail sur les objectifs pédagogiques pour esquisser le plan de votre formation.

Évaluation

L’évaluation d’une compétence est une évaluation critériée : on ne compare pas l’étudiant aux autres étudiants, mais on l’évalue par rapport à des critères préalablement établis.

Le formateur évalue un degré d’appropriation de la matière. Il valide ce que l’étudiant sait et sait faire en lien avec les objectifs à atteindre. Il y a différents types d’évaluation : l’évaluation diagnostique, l’évaluation formative et l’évaluation sommative.

Types d’évaluations
Types d’évaluations.

Évaluation diagnostique

L’évaluation diagnostique s’effectue au début de la formation. Elle sert à établir le profil de la classe.

Évaluation formative

Les rétroactions directes de la part du formateur sont plus difficiles à obtenir en ligne qu’en présentiel. Aussi, les activités auto-corrigées occupent une place importante dans les dispositifs de formation en ligne. Bien souvent, ce sont elles qui permettent à l’étudiant de s’approprier des contenus.

L’évaluation formative est effectuée en cours d’activité. Elle sert à renseigner l’étudiant et le formateur sur les acquis réalisés ou les éléments à améliorer. Elle peut être animée par le formateur, mais peut aussi se réaliser sous forme d’auto-évaluation ou de rétroaction par les pairs. Permettre aux étudiants de discuter de leur travail sur le forum de la classe est un autre exemple de rétroaction formative.

L’évaluation formative vise des apprentissages précis et relève d’une intervention de nature pédagogique. Toutes les rétroactions doivent être formulées de façon constructive, non pas pour stigmatiser l’étudiant, mais bien pour lui permettre de se corriger et de progresser. L’évaluation formative n’est jamais notée.

Évaluation sommative

L’évaluation sommative survient au terme de la formation. Elle sert à certifier les apprentissages et est sous la responsabilité du formateur. C’est la seule évaluation notée.

Il n’est pas toujours ni nécessaire ni souhaitable de noter le travail des étudiants. Si vous devez néanmoins procéder à une évaluation sommative, vous devez concevoir des moyens efficaces de mesurer les apprentissages. Pour cela, vous devez avoir des indicateurs de performance clairs que vous devez mettre en place dès la conception de la formation.

À noter : les évaluations sommatives doivent être précédées d’évaluations formatives. En effet, avant de procéder à une évaluation sommative, vous devez avoir offert à vos étudiants l’occasion de démontrer leurs apprentissages dans un contexte formatif afin qu’ils puissent repérer leurs erreurs. Les activités d’évaluation formative doivent être en relation directe avec les évaluations sommatives.

Exemple d’évaluation

Reprenons l’exemple en révision linguistique. Quel type d’évaluation conviendrait pour cette formation ?

  • Test d’auto-évaluation diagnostique : il serait souhaitable de mettre à la disposition des étudiants un test d’auto-évaluation diagnostique (non obligatoire, avant la formation), pour activer leurs connaissances et les sensibiliser à leurs lacunes grammaticales. L’humilité et le doute sont essentiels en révision linguistique ! Une initiation ne saurait être réussie sans ébranler les certitudes des étudiants et sans rendre ces derniers conscients de leurs lacunes grammaticales. L’admission à la formation pourrait même devenir conditionnelle à la réussite de ce test.
  • Évaluation formative par les pairs (sous la forme d’un jeu éducatif) : il serait également intéressant qu’il y ait de l’évaluation formative par les pairs (sur une base volontaire). Il s’agirait d’amener les étudiants à réviser des textes déjà révisés par leurs pairs dans le but de donner à ces derniers une rétroaction formative, bien sûr, mais aussi d’ébranler leurs certitudes. Puisque la perfection est la norme dans le métier de réviseur, c’est une pratique courante que de réviser des textes déjà révisés par quelqu’un d’autre. Et rien n’ébranle plus nos certitudes que de voir un collègue remettre en question l’une de nos corrections ou de trouver une faute que l’on a manquée.
  • Auto-évaluation formative tout au long de la formation : finalement, il serait intéressant de permettre à la disposition des étudiants du matériel d’auto-évaluation formative (pour l’essentiel, des textes à réviser avec corrigé). L’idée est qu’ils puissent mettre en pratique les connaissances acquises et repérer les éléments qu’il leur reste à travailler.

Conclusion

Dans cette première étape, vous avez identifié l’ensemble des éléments dont vous avez besoin pour créer une formation en ligne efficace. Dans un premier temps, vous avez procédé à l’analyse des besoins. Ensuite, vous avez déterminé les connaissances à acquérir, les compétences à développer et les objectifs d’apprentissage à atteindre.

Le travail que vous venez de réaliser va vous permettre de faire en sorte que les activités d’apprentissage ne soient pas simplement juxtaposées les unes à la suite des autres, mais que chacune d’elles contribue à l’atteinte des objectifs d’apprentissage.

Livrable 01 : Modèle des connaissances, des compétences et des objectifs d’apprentissage

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